Réponse express — Sur les frais, les plateformes digitales (VIAC, finpension) sont difficiles à battre : ~0,46-0,49 %/an, jusqu'à 99 % d'actions. Pour un profil autonome et à situation simple, elles suffisent — sans réserve. Mais elles ne décident rien pour vous. Sur nos dossiers, ~70 % découvrent le splitting après le transfert, quand il est trop tard — soit 5'000 à 10'000 CHF perdus. Une seule décision manquée coûte 5 à 10 ans d'écart de frais.
Ce que les plateformes font mieux que tout le monde
- Frais : ~0,46 % à 0,49 %/an, largement sous les banques traditionnelles.
- Actions : jusqu'à 99 %, via fonds indiciels institutionnels.
- Ouverture : 100 % en ligne, en quelques minutes.
- Sécurité : titres en fortune séparée, hors bilan bancaire.
Le débat est mal posé. On compare des frais annuels, alors que le vrai coût de votre libre passage se joue sur trois ou quatre décisions, prises au bon moment ou jamais. Voici une comparaison honnête entre les solutions digitales et l’accompagnement humain y compris quand la fintech gagne.
Ce que les plateformes font mieux que tout le monde
Commençons par ce qui n’est pas discutable. Les fondations de libre passage digitales ont transformé le marché suisse, et il faut le reconnaître clairement :
| Critère | Ce qu’elles apportent |
|---|---|
| Frais totaux | Environ 0,46 % à 0,49 % par an — largement en dessous de la plupart des solutions bancaires traditionnelles |
| Part actions | Jusqu’à 99 %, via des fonds indiciels institutionnels à bas coût |
| Ouverture | 100 % en ligne, en quelques minutes, sans passage en agence |
| Transparence | Grilles tarifaires publiques, pas de commissions cachées |
| Sécurité | Titres détenus en fortune séparée, hors du bilan de la banque partenaire |
Notre position est claire : si vous êtes autonome, que vous comprenez la mécanique de la prévoyance suisse, que votre situation est simple et votre horizon long — allez-y, ouvrez un compte chez une fintech. Vous n’avez pas besoin d’un conseiller pour cela, et nous n’allons pas prétendre le contraire.
Le reste de cet article s’adresse à ceux pour qui ce n’est pas si simple.
Ce que les plateformes ne font pas et ce que ça coûte
Une plateforme fintech est un outil d’exécution. Elle exécute parfaitement ce que vous lui demandez. Mais elle ne vous dira jamais ce que vous auriez dû lui demander.
Voici, concrètement, ce qu’aucune plateforme ne fait — et ce que nous constatons dans notre pratique :
Elle ne vous prévient pas que la fenêtre du splitting se referme
Le splitting — répartir votre capital sur deux comptes, dans deux fondations distinctes, pour retirer sur deux années fiscales et casser la progressivité de l’impôt — doit être décidé au moment exact du transfert depuis votre caisse de pension. Une fois l’avoir regroupé sur un seul compte, c’est irréversible.
Un fait technique décisif, rarement expliqué : parmi les principales fondations digitales, finpension dispose de deux fondations distinctes, ce qui permet nativement le splitting chez un même prestataire. VIAC n’en propose qu’une seule — un client VIAC souhaitant splitter doit donc ouvrir son second compte ailleurs. Ce n’est ni un défaut ni une critique : c’est un choix de structure. Mais la plateforme ne vous expliquera pas que cette différence peut vous coûter plusieurs milliers de francs.
Ce que nous observons : environ 70 % des assurés que nous rencontrons découvrent l’existence du splitting après le transfert de leur avoir — c’est-à-dire au moment précis où il devient impossible de le mettre en place. Économie fiscale perdue : 5’000 à 10’000 CHF en moyenne dans notre pratique.
Elle ne vous signale pas votre potentiel de rachat
Votre certificat LPP contient une ligne « rachat possible » un montant que vous pouvez verser volontairement, intégralement déductible de votre revenu imposable, qui augmente votre future rente.
Ce que nous observons : 80 à 90 % des personnes que nous accompagnons ont un potentiel de rachat totalement inexploité. Aucune plateforme ne le leur a signalé — ce n’est pas son rôle, et ce n’est pas ce que vous lui payez.
Elle ne coordonne pas votre fiscalité
Le canton de domiciliation de votre fondation détermine l’impôt à la source appliqué à un retrait en capital lors d’un départ définitif de Suisse. Les fondations digitales sont domiciliées dans des cantons différents (finpension à Schwyz, VIAC à Bâle, notamment) — un facteur qui, pour un frontalier ou un futur expatrié, peut représenter plusieurs milliers de francs d’écart sur un même retrait.
La plateforme affiche son domicile. Elle ne vous dira pas ce que ça implique pour vous.
Elle ne vous rappelle pas le calendrier
Le retrait, le rachat, le splitting, le regroupement d’avoirs, le timing par rapport à d’autres retraits (2ème et 3ème pilier se cumulent fiscalement la même année) : chacune de ces décisions a une fenêtre, et la plupart se referment définitivement.
Ce que nous observons : le regret le plus fréquent que nous entendons n’est presque jamais « j’ai payé trop de frais ». C’est « personne ne m’a dit que je pouvais faire ça — et maintenant c’est trop tard ».
Frais annuels vs décisions manquées : l’arithmétique qui change tout
C’est le cœur du sujet, et il est rarement posé correctement.
Exemple illustratif, sur un capital de libre passage de 200’000 CHF :
| Poste | Coût / gain |
|---|---|
| Frais annuels d’une fondation digitale (~0,47 %) | ~940 CHF/an |
| Frais annuels d’une solution accompagnée (hypothèse plus élevée) | ~1’500 à 2’000 CHF/an |
| Écart de frais annuel | ~600 à 1’000 CHF/an |
| Splitting manqué (perte constatée dans notre pratique) | 5’000 à 10’000 CHF, une seule fois |
| Rachat déductible non effectué | Plusieurs milliers de francs d’économie d’impôt perdus |
Ce que cette arithmétique révèle : une seule décision manquée — le splitting — peut coûter l’équivalent de 5 à 10 ans d’écart de frais. Et contrairement aux frais, cette perte est irrécupérable.
Autrement dit : la fintech optimise le coût du produit. L’accompagnement optimise les décisions. Sur un capital important, la seconde variable pèse structurellement plus lourd que la première.
⚠️ Précision honnête : cet exemple ne prouve pas qu’un conseiller est toujours rentable. Il montre qu’arbitrer uniquement sur les frais est une erreur d’analyse. Si vous connaissez déjà tous les leviers évoqués ci-dessus et que vous les activez seul, l’écart de frais devient effectivement le seul critère — et la fintech gagne, sans discussion.
Envie de plus d'informations ?
Obtenez des informations personnalisés sur votre situation par un expert du 2ème pilier libre passage!
Le suivi : ce que personne ne fait à votre place
Un capital de libre passage n’est pas un placement qu’on fait une fois et qu’on oublie. C’est pourtant exactement ce qui se passe dans la grande majorité des dossiers que nous reprenons : environ 80 % des personnes que nous rencontrons n’ont aucun suivi de leur capital de libre passage allocation choisie une fois, à l’ouverture du compte, puis plus jamais réexaminée. Parfois pendant dix ans ou plus.
Or, entre le moment où vous ouvrez ce compte et le moment où vous en sortez, tout change : votre horizon se raccourcit, votre situation familiale évolue, votre projet de retraite se précise, les marchés montent ou corrigent, votre profil de risque n’est plus le même à 40 ans qu’à 58. Une allocation à 99 % d’actions, parfaitement pertinente à quinze ans de la retraite, devient une prise de risque déraisonnable à dix-huit mois d’un retrait — et aucune plateforme ne vous le signalera. L’application affiche votre solde ; elle ne vous demande pas si votre stratégie a encore du sens.
Ce que recouvre concrètement un suivi annuel : réexaminer votre allocation en fonction de votre horizon réel, sécuriser progressivement le capital à l’approche d’un retrait, vérifier si de nouveaux leviers se sont ouverts (rachat, rachat rétroactif du 3ème pilier, fenêtre fiscale), ajuster votre stratégie si votre situation change — divorce, expatriation, achat immobilier, changement d’employeur. Un point par an, une heure.
Le paradoxe est là : les frais d’une plateforme sont bas parce qu’elle ne fait que gérer votre argent. Un accompagnement coûte davantage parce qu’il gère vos décisions et sur un capital de prévoyance, ce sont les décisions, pas les frais, qui déterminent ce qu’il vous restera à l’arrivée.
Alors, pour qui la fintech suffit-elle ?
Soyons précis, profil par profil.
| Votre profil | Notre recommandation honnête |
|---|---|
| Autonome, informé, situation simple, horizon long, reste en Suisse | La fintech suffit largement. Ouvrez un compte, choisissez une allocation actions élevée, et ne payez pas pour un conseil dont vous n’avez pas besoin. |
| Capital modeste, transition courte entre deux emplois | La fintech suffit. L’enjeu financier ne justifie pas un accompagnement. |
| Capital important (au-delà de ~100’000-150’000 CHF) | L’enjeu des décisions dépasse celui des frais. Un accompagnement se rentabilise généralement sur une seule décision bien prise. |
| Frontalier ou futur expatrié | Accompagnement fortement recommandé : fiscalité franco-suisse, canton de la fondation, impôt à la source remboursable, prélèvements sociaux — autant de mécanismes qu’aucune plateforme ne gère. |
| Proche de la retraite (moins de 10 ans) | Accompagnement recommandé : le calendrier des retraits, l’échelonnement et la coordination 2ème/3ème pilier se jouent maintenant, pas au moment du départ. |
| Avoirs dispersés sur plusieurs caisses | Accompagnement recommandé : la recherche, le regroupement et la stratégie de sortie ne s’improvisent pas. |
La troisième voie : les deux
C’est la solution que nous recommandons le plus souvent, et elle mérite d’être dite clairement : ces deux approches ne sont pas exclusives.
- La plateforme exécute : frais bas, allocation en titres, performance long terme.
- L’accompagnement décide : quand splitter, quand racheter, quand retirer, dans quel ordre, avec quel canton de fondation, en coordination avec votre 3ème pilier et votre fiscalité.
Un conseiller qui vous oriente vers une solution à frais bas et vous fait gagner sur les décisions structurantes crée bien plus de valeur qu’un conseiller qui vous vend un produit maison à frais élevés. C’est exactement pour cela que nous ne vendons pas de produit maison sur ce site.
Ce que vous devriez demander à votre conseiller (et à vous-même)
Avant de payer pour un accompagnement, posez ces questions :
- Est-il indépendant du produit ? Un conseiller rémunéré à la commission sur un produit maison n’a aucun intérêt à vous recommander une fintech à 0,47 %. Vérifiez.
- Vous parle-t-il de décisions ou de produits ? Si la conversation porte sur « quel compte ouvrir » plutôt que sur « quand et comment retirer », vous payez pour quelque chose que vous auriez pu faire seul.
- Ai-je réellement besoin d’aide ? Si vous savez déjà répondre à : ai-je un potentiel de rachat ? dois-je splitter ? Dois-je sortir mes fonds ? quel canton pour ma fondation ? quand retirer ? alors non, et la fintech est votre meilleure option.
Conclusion : ne comparez pas des frais, comparez des coûts totaux
Les plateformes digitales ont fait baisser les frais du libre passage suisse, et c’est une excellente chose. Elles restent, pour beaucoup de profils, le meilleur choix possible — nous le disons sans détour.
Mais un capital de prévoyance ne se perd presque jamais à cause de quelques dixièmes de frais. Il se perd à cause d’une fenêtre fiscale manquée, d’un rachat jamais effectué, d’un retrait mal calibré. Ces décisions-là, aucune application ne les prend pour vous.
Vous ne savez pas si vous faites partie des profils qui ont besoin d’accompagnement ? C’est précisément ce que nous vérifions gratuitement : recherche d’avoirs, potentiel de rachat, fenêtre de splitting, stratégie de retrait. Si notre conclusion est que vous n’avez besoin de personne, nous vous le dirons. Prendre rendez-vous avec un expert →
En résumé, voici 3 points clés
- Les fintechs gagnent sur les frais (~0,46-0,49 %/an, jusqu’à 99 % actions) — et pour un profil autonome, informé et à situation simple, elles sont le meilleur choix, sans réserve.
- Elles n’anticipent aucune décision : ni splitting, ni rachat, ni timing de retrait, ni coordination fiscale. Sur nos dossiers, 70 % découvrent le splitting trop tard, pour 5’000 à 10’000 CHF perdus.
- Une seule décision manquée coûte 5 à 10 ans d’écart de frais — et contrairement aux frais, elle est irrécupérable. Le vrai arbitrage n’est pas « cher ou pas cher », mais « ai-je besoin qu’on décide avec moi ».
Pour aller plus loin
La décision la plus coûteuse évoquée dans cet article — celle que 70 % des assurés manquent — est détaillée dans notre guide sur le splitting du compte de libre passage : ce qu’il permet, et surtout à quel moment exact il doit être décidé.
Pour comparer objectivement les solutions du marché (taux, frais, sécurité, structure à une ou deux fondations), consultez notre comparatif des comptes de libre passage.
Le potentiel de rachat inexploité par 80 à 90 % des assurés figure sur votre certificat LPP — apprenez à le repérer, et évaluez son intérêt fiscal dans notre guide sur le rachat du 2ème pilier.
Si vous êtes frontalier, la fiscalité du retrait ajoute une couche de complexité qu’aucune plateforme ne gère — voir notre guide impôt sur le retrait du 2ème pilier pour un frontalier.
L’ensemble des chiffres terrain cités dans cet article est issu de notre Observatoire du 2ème pilier, édition 2026.
Questions fréquentes — Fintech ou conseiller pour son libre passage
VIAC ou finpension : faut-il forcément passer par un conseiller ?
Quels sont les frais réels des plateformes de libre passage ?
Une plateforme peut-elle me signaler que je peux faire un splitting ?
Combien coûte réellement une décision manquée ?
Pour quels profils un accompagnement est-il vraiment utile ?
Peut-on combiner une plateforme et un accompagnement ?
Comment savoir si un conseiller est vraiment indépendant ?
Le canton de la fondation change-t-il vraiment quelque chose ?
Écrit par
Fares Yakoubi
Fondateur de Century Finance · Conseiller financier privé, Genève
Depuis plus de 10 ans, Fares accompagne frontaliers, expatriés et résidents suisses dans l'optimisation de leur prévoyance — 2e pilier, libre passage, 3e pilier. Fondateur du cabinet enregistré auprès de la FINMA, il met une expertise pointue du système suisse au service de décisions financières claires et rentables.