Réponse express — Le 2ème pilier n'entre pas dans la succession classique — pas de testament possible, sauf capital déjà retiré. Le conjoint marié touche automatiquement une rente (60 % de la rente du défunt). Le concubin non marié n'a aucun droit automatique : il faut une prévision réglementaire, une déclaration écrite de votre vivant, et 5 ans de vie commune (ou un enfant commun). Pour un frontalier non marié, cette lacune s'ajoute à une vulnérabilité côté français.
Qui est protégé automatiquement ?
- Conjoint marié : rente automatique, 60 % de la rente du défunt, sans démarche.
- Enfants : rente d'orphelin automatique, ~20 %, jusqu'à 18-25 ans.
- Concubin : RIEN d'automatique — 3 conditions cumulatives à remplir de son vivant.
Le 2ème pilier protège votre famille en cas de décès — mais uniquement celle que la loi reconnaît comme telle. Pour un couple marié, la mécanique est automatique. Pour un couple non marié, en particulier frontalier, une succession de démarches oubliées peut laisser le partenaire survivant sans aucune protection, des deux côtés de la frontière. Voici comment fonctionne réellement le 2ème pilier en cas de décès, et ce qu’il faut anticiper.
Le principe fondamental : le 2ème pilier échappe au droit successoral
C’est le point de départ indispensable pour comprendre tout le reste : l’avoir de votre 2ème pilier n’est pas régi par le droit successoral, mais par la loi sur la prévoyance professionnelle (LPP) et l’ordonnance sur le libre passage (OLP). Concrètement, cela signifie que vous ne pouvez pas désigner un bénéficiaire par testament — l’ordre des bénéficiaires est fixé par la loi et par le règlement de votre caisse, point final.
La seule exception : si le capital a déjà été retiré de votre 2ème pilier avant votre décès (par exemple via un retrait EPL ou un retrait à la retraite), cette somme devient alors un actif ordinaire, qui suit les règles normales du droit successoral et peut donc être traitée par testament.
Si vous êtes encore affilié à une caisse de pension
Le conjoint marié : une protection automatique
Dès l’enregistrement du mariage, sans aucune démarche de votre part, votre conjoint est couvert contre le risque de votre décès. En cas de décès, il perçoit une rente de veuf ou de veuve dont le montant minimum légal est fixé à 60 % de la rente de vieillesse ou d’invalidité que vous auriez perçue. De nombreuses caisses, dans leur régime surobligatoire, offrent des prestations supérieures — vérifiez le montant exact sur votre certificat de prévoyance.
Si le conjoint survivant ne remplit pas les conditions légales pour toucher une rente (par exemple un mariage trop récent), il perçoit à la place une indemnité unique, équivalente à trois rentes annuelles. Attention : le droit à cette rente s’éteint en cas de remariage du survivant.
Le concubin non marié : aucun droit automatique
C’est le point le plus mal connu, et le plus lourd de conséquences. La loi ne prévoit aucune prestation de décès pour un partenaire non marié. Une protection reste possible, mais uniquement si trois conditions cumulatives sont réunies :
| Condition | Détail |
|---|---|
| Prévision réglementaire | Le règlement de votre caisse de pension doit explicitement prévoir cette possibilité — ce n’est pas automatique partout |
| Désignation écrite | Vous devez communiquer par écrit à votre caisse, de votre vivant, que votre partenaire doit être bénéficiaire — un testament ne suffit jamais pour cette démarche |
| Durée de vie commune ou enfant commun | Le couple doit justifier d’au moins 5 ans de vie commune ininterrompue (la caisse ne peut pas raccourcir ce délai), ou le partenaire survivant doit s’occuper d’un enfant commun |
Le piège le plus fréquent : c’est à vous de faire cette démarche auprès de votre caisse — celle-ci n’est pas tenue d’attirer votre attention dessus lors de votre affiliation. De nombreux couples non mariés découvrent cette exigence après le décès, quand il est trop tard pour y remédier.
Les enfants : une rente d’orphelin automatique
Vos enfants ont droit à une rente d’orphelin, généralement fixée à 20 % de la rente d’invalidité ou de vieillesse en cours, jusqu’à leurs 18 ans (25 ans s’ils sont encore en formation). Les enfants recueillis y ont également droit, à condition que vous ayez subvenu à leurs besoins.
Si vous avez déjà quitté votre caisse (avoir en libre passage)
Si vous avez quitté une caisse de pension sans en rejoindre une nouvelle — chômage, indépendance, départ à l’étranger — votre avoir se trouve sur un compte de libre passage. En cas de décès dans cette situation, l’ordre légal des bénéficiaires, fixé par l’OLP, diffère de celui applicable à un assuré actif :
| Rang | Bénéficiaires |
|---|---|
| 1 | Le conjoint et les enfants |
| 2 | Les personnes bénéficiant d’un soutien financier important de la part du défunt (concubin, personne ayant la charge d’enfants communs) |
| 3 | Les enfants indépendants de plus de 25 ans, les parents, ou les frères et sœurs |
Ici encore, un concubin ne peut prétendre au rang 2 que s’il peut démontrer avoir été financièrement soutenu de façon significative par le défunt — une preuve qui se prépare avant, jamais après.
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Focus France : la double vulnérabilité du concubin frontalier
C’est ici que ce guide se distingue des présentations génériques du sujet, et c’est probablement le point le plus important de cet article pour un couple frontalier non marié.
Le PACS n’est pas reconnu par l’AVS
Premier point de confusion fréquent : contrairement à ce que beaucoup imaginent, le PACS français n’est pas reconnu par l’AVS suisse pour l’ouverture d’une rente de survivant — seul un mariage ou un partenariat enregistré suisse compte à ce niveau. Pour le 2ème pilier, en revanche, tout dépend du règlement de la caisse, comme détaillé plus haut : certaines caisses peuvent reconnaître un partenariat civil étranger dans leurs conditions, d’autres non — à vérifier précisément.
Le régime français pour un concubin : traité comme un tiers
Si votre couple n’est ni marié ni pacsé, et que le règlement de votre caisse suisse a bien permis de protéger votre concubin (les trois conditions vues plus haut), une seconde barrière apparaît côté français : en matière de droits de succession, un concubin est traité comme un tiers étranger à la famille. Concrètement :
| Statut du couple | Traitement fiscal français (droits de succession) |
|---|---|
| Marié | Exonération totale des droits de succession |
| Pacsé | Exonération totale des droits de succession |
| Concubin, avec testament | Taxé à 60 % au-delà d’un abattement de seulement 1’594 € |
| Concubin, sans testament | N’hérite de rien légalement — les biens reviennent aux enfants ou aux parents du défunt |
Ce que cela signifie concrètement : un couple frontalier non marié peut se retrouver doublement vulnérable — non protégé par le 2ème pilier suisse faute de déclaration écrite en temps utile, et non protégé par le droit successoral français faute de testament. Deux démarches distinctes, deux administrations différentes, un seul risque : que rien n’ait été fait des deux côtés.
Les solutions à mettre en place, de votre vivant
- Faites la déclaration écrite auprès de votre caisse de pension suisse dès que vous remplissez les conditions de durée (5 ans de vie commune) ou dès la naissance d’un enfant commun.
- Rédigez un testament pour organiser la transmission de vos biens en France en faveur de votre concubin, faute de quoi il n’hérite légalement de rien.
- Envisagez une assurance-décès complémentaire : contrairement au 2ème pilier, qui verse essentiellement des rentes mensuelles, une assurance-décès garantit un capital immédiatement disponible, avec un bénéficiaire librement désigné (concubin ou toute autre personne), sans lien de parenté requis — un outil souvent plus adapté aux besoins concrets et rapides d’une famille en cas de décès (remboursement de crédit, frais immédiats, financement des études des enfants).
Rente ou capital : ce qu’il faut savoir sur la nature des prestations
Le système suisse fonctionne essentiellement avec des rentes mensuelles régulières, pas des capitaux versés immédiatement — une différence importante par rapport à une assurance-décès classique. Un capital-décès supplémentaire (au-delà des rentes) est parfois prévu dans le régime surobligatoire de certaines caisses, mais ce n’est jamais garanti par la loi : vérifiez précisément ce que prévoit le règlement de votre caisse à ce sujet, en particulier si vous êtes célibataire sans enfant — certaines caisses ne redistribuent alors à aucun bénéficiaire, l’avoir restant simplement dans la caisse.
Conclusion : la protection de votre famille dépend de démarches que vous devez faire vous-même
Le 2ème pilier protège automatiquement un conjoint marié et des enfants — mais ne protège jamais automatiquement un concubin, quelle que soit la durée de votre relation. Pour un couple frontalier non marié, cette vigilance doit s’exercer des deux côtés de la frontière : une déclaration écrite en Suisse, un testament en France. Ce sont deux démarches simples, mais qui ne se rattrapent jamais après coup.
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En résumé, voici 3 points clés
- Le 2ème pilier échappe au droit successoral : impossible de désigner un bénéficiaire par testament, sauf capital déjà retiré avant le décès.
- Le concubin n’est jamais protégé automatiquement : il faut une prévision réglementaire, une déclaration écrite de votre vivant, et 5 ans de vie commune (ou un enfant commun).
- Pour un couple frontalier non marié, la vulnérabilité est double — ni protégé par la LPP suisse sans déclaration, ni protégé par le droit successoral français sans testament.
Pour aller plus loin
Le montant exact de la rente de conjoint ou d’orphelin prévue par votre caisse figure sur votre certificat LPP — apprenez à le décrypter ligne par ligne.
Si votre avoir se trouve déjà sur un compte de libre passage au moment du décès, l’ordre des bénéficiaires suit des règles spécifiques détaillées dans notre guide compte de libre passage.
Le décès n’est pas la seule situation où le 2ème pilier échappe au droit commun : le partage en cas de divorce obéit lui aussi à des règles particulières, détaillées dans notre guide 2ème pilier et divorce.
Si un capital a déjà été retiré avant un décès (EPL ou retraite), il redevient un actif successoral classique — voir notre guide sur le retrait EPL du 2ème pilier pour comprendre ce basculement.
Cette question s’inscrit dans une réflexion plus large sur la protection de votre famille en tant que frontalier — notre guide LPP Suisse pour frontalier couvre l’ensemble de vos droits.
Questions fréquentes — 2ème pilier et décès
Peut-on désigner un bénéficiaire de son 2ème pilier par testament ?
Que touche automatiquement un conjoint marié en cas de décès ?
Un concubin non marié est-il automatiquement protégé ?
Le PACS français est-il reconnu par le 2ème pilier suisse ?
Comment un concubin est-il traité par les droits de succession français ?
Quelle est la différence entre le 2ème pilier et une assurance-décès complémentaire ?
Que touchent les enfants en cas de décès d'un parent ?
L'ordre des bénéficiaires est-il le même si l'avoir est déjà sur un compte de libre passage ?
Écrit par
Fares Yakoubi
Fondateur de Century Finance · Conseiller financier privé, Genève
Depuis plus de 10 ans, Fares accompagne frontaliers, expatriés et résidents suisses dans l'optimisation de leur prévoyance — 2e pilier, libre passage, 3e pilier. Fondateur du cabinet enregistré auprès de la FINMA, il met une expertise pointue du système suisse au service de décisions financières claires et rentables.